L’histoire des femmes franco-ontariennes n’a jamais fait l’objet d’un livre d’histoire ou encore même d’un chapitre entier dans un livre… pourquoi donc? Parce que des femmes ordinaires font souvent l’extraordinaire, sans reconnaissance.

On s’est donné comme mission de redécouvrir nos racines et de donner une voix à toutes celles qui ont travaillé et travaillent encore, trop souvent dans l’ombre, pour que nos communautés connaissent leur patrimoine, et surtout perpétuent la langue de nos ancêtres.

Pour toutes celles qui ont nourri des espoirs, des familles, et des communautés entières en français, nous vous partageons humblement ces recherches.  Si vous avez des informations complémentaires et que vous pouvez ajouter des compléments à cette histoire, envoyez-nous un courriel!  On sera ravies de rendre cet historique encore plus vibrant et vivant.

Les « Franco-Ontariennes » désignent les femmes francophones de l’Ontario, province canadienne où vit la plus grande communauté minoritaire de langue française au Canada. Présentes depuis les débuts de la colonisation française en Ontario au XVIIe siècle, elles ont joué un rôle fondamental dans le développement, la préservation et l’épanouissement de la culture franco-ontarienne, tout en luttant pour l’égalité des sexes et les droits linguistiques. Cependant, leur histoire n’est pas écrite dans les textes d’histoire ou racontée de quelconque façon à l’heure qu’il est.  Cette page relate donc l’histoire de nombreuses femmes qui ont travaillé dans l’ombre depuis le début.

Les pionnières (XVIIe-XIXe siècles)

L’histoire des Franco-Ontariennes commence avec l’arrivée des premiers colons français en Ontario. Dès 1610, des femmes francophones s’établissent sur le territoire ontarien, contribuant à la fondation des premières communautés françaises. La première colonie française en Ontario, Petite Côte (aujourd’hui Windsor), est fondée en 1749, avec la participation active de femmes pionnières qui établissent les bases de la vie communautaire.

Ces premières Franco-Ontariennes assument des rôles multiples : mères de famille, agricultrices, éducatrices informelles de leurs enfants, gardiennes des traditions culturelles et religieuses. Elles sont souvent les premières à enseigner le français aux enfants et à transmettre les valeurs culturelles franco-ontariennes.

Période de consolidation et résistance (1850-1930)

Au milieu du XIXe siècle, avec l’arrivée massive de colons du Québec, les Franco-Ontariennes deviennent plus nombreuses et organisées. Elles participent activement à la création d’institutions communautaires : écoles, paroisses, hôpitaux et organisations caritatives.

La période est particulièrement marquée par la lutte héroïque contre le Règlement XVII, adopté en 1912, qui restreint drastiquement l’enseignement en français dans les écoles ontariennes. Les Franco-Ontariennes jouent un rôle crucial et souvent de premier plan dans cette résistance, développant des stratégies d’opposition civile remarquables. C’est à ce moment que les femmes commencent à se faire remarquer publiquement.

Les héroïnes du Règlement XVII

La bataille des épingles à chapeaux (1916) :

À l’École Guigues d’Ottawa, les sœurs Béatrice et Diane Desloges mènent une résistance étudiante mémorable contre les inspecteurs venus imposer l’enseignement en anglais. Les mères, grands-mères, et les communautés se mobilisent et utilisent des épingles à chapeaux, des casseroles, des fers à repasser…et tout un arsenal domestique, comme armes symboliques de résistance, transformant un accessoire féminin en instrument de lutte politique.  L’encyclopédie Canadienne  LeDroit-La bataille des épingles à chapeaux  Université d’Ottawa- Règlement 17

Les écoles libres : Face à l’interdiction gouvernementale, des Franco-Ontariennes comme Jeanne Lajoie (du village de Lefaivre) créent des écoles clandestines. L’École Sainte-Jeanne d’Arc, fondée par Lajoie en 1923 à Pembroke, devient un symbole de résistance éducative, permettant aux enfants franco-ontariens de continuer à apprendre en français. Jeanne Lajoie- Fiducie du patrimoine franco-ontarien.

Ces actes de résistance démontrent comment les Franco-Ontariennes ont développé des formes spécifiques de militantisme, combinant leur rôle traditionnel d’éducatrices avec une résistance politique organisée.

L’organisation institutionnelle (1914-1960)

En 1914, la Fédération des femmes canadiennes-françaises est fondée en Outaouais par Almanda Walker-Marchand, marquant le début de l’organisation formelle des Franco-Ontariennes. Cette organisation devient un pilier du mouvement associatif franco-ontarien.

En 1929, l’Union des cultivateurs franco-ontariens voit le jour.  Les femmes de cultivateurs sont incluses dans les réunions et décident en 1936 qu’elles désirent une association à elles, qui leur permette de faire avancer la cause des femmes (le féminisme de l’époque).  L’Union catholique des fermières de la province de l’Ontario, fut ainsi fondée en 1936-1937, et constitue un autre jalon important.

Devenue plus tard l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO, en 1970), elle rassemble les femmes rurales autour de la devise « S’aimer, s’unir, se cultiver ». L’historienne franco-ontarienne Estelle Huneault documente cette histoire dans son ouvrage de référence Au fil des ans, publié en 1997, qui constitue la première étude approfondie de cette organisation pionnière et des conditions de vie du temps (catholicisme, patriarcat, emprise du clergé etc.).

A bientôt pour la suite!