Le projet « Voix du patrimoine » propose une approche novatrice d’intégration des femmes francophones racialisées en Ontario grâce à des bibliothèques vivantes médiatisées. Réalisé sur deux ans, le projet crée un partenariat stratégique entre l’UCFO, les médias communautaires franco-ontariens et deux Communautés francophones accueillantes (CFA) aux réalités contrastées : Greater Sudbury, centre urbain nordique marqué par une importante immigration francophone africaine, et Hawkesbury, petite ville de l’Est ontarien profondément ancrée dans la tradition franco-ontarienne. Cette approche permet d’explorer les dynamiques d’intégration dans deux contextes démographiques, culturels et sociaux distincts.

La première année du projet est consacrée à la recherche, à la mobilisation et au design du modèle. L’équipe mène une démarche de recherche-action participative auprès des femmes francophones racialisées des deux régions, établit des partenariats avec les médias communautaires locaux — et met sur pied une équipe interculturelle entièrement féminine. En collaboration avec les participantes, l’UCFO développe un modèle de bibliothèque vivante médiatisée adapté aux réalités des femmes francophones vivant en contexte minoritaire. Des consultations sur le terrain permettent également d’identifier les besoins spécifiques des communautés, les « livres humains » potentiels et les formats médiatiques les plus accessibles.

La deuxième année est consacrée au déploiement des activités et à la production médiatique. Huit événements de bibliothèques vivantes sont organisés dans les deux régions pilotes, soit six par région. Chaque rencontre met en lumière des femmes francophones de diverses origines qui partagent leurs parcours, leurs défis, leurs expériences d’intégration et leurs contributions aux communautés franco-ontariennes. Les événements sont captés et diffusés par les radios communautaires partenaires, puis enrichis par des émissions thématiques et des balados animés par des femmes. Les récits sont ensuite archivés sur une plateforme numérique interactive afin de créer un patrimoine oral francophone durable et accessible.

Le choix de Sudbury et de Hawkesbury repose sur des réalités complémentaires. À Sudbury, la coexistence d’une communauté franco-ontarienne historique et d’une immigration francophone récente — particulièrement de femmes originaires du Congo, du Burundi, du Rwanda, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire — crée à la fois des défis et des opportunités uniques d’intégration interculturelle. Plusieurs femmes immigrantes y vivent des situations de racisme, d’isolement géographique ou de sous-emploi malgré leurs compétences et leur formation.

À Hawkesbury, où la population francophone est largement majoritaire et où l’identité franco-ontarienne traditionnelle demeure très forte, l’arrivée de nouvelles familles immigrantes transforme progressivement le tissu social local. La communauté y est souvent plus soudée, mais également plus homogène et moins exposée à la diversité culturelle. Cette réalité permet d’observer des dynamiques d’intégration différentes et de développer un modèle adaptable à diverses communautés franco-ontariennes, rurales ou urbaines.

Le projet laisse également des outils durables au bénéfice des communautés :
• une plateforme web francophone simple regroupant les récits de femmes et les enregistrements audio ;
• une série de 16 balados en français diffusés sur les radios communautaires et accessibles en ligne ;
• un guide méthodologique féministe pratique permettant à d’autres communautés de reproduire le modèle ;
• un rapport synthèse intitulé « Nos voix, notre patrimoine », regroupant des récits co-créés avec les participantes.

« Voix du patrimoine » contribue directement aux priorités en équité, diversité, inclusion et accessibilité en amplifiant les voix des femmes francophones — qu’elles soient racialisées ou issues des communautés franco-ontariennes historiques — et en favorisant les échanges interculturels. En travaillant exclusivement avec des femmes comme participantes, animatrices et productrices, le projet crée un espace francophone sécuritaire où il devient possible d’aborder des enjeux sensibles tout en valorisant le leadership féminin et la transmission du patrimoine vivant.

Le projet privilégie également l’accessibilité numérique adaptée aux réalités rurales franco-ontariennes. Plusieurs communautés ciblées disposent d’un accès internet limité ou instable, ce qui rend difficile la consultation régulière de contenus vidéo. Par respect pour ces réalités de terrain, le projet mise principalement sur des formats audio légers et accessibles, comme la radio et les balados. Les contenus vidéo sont réservés, au besoin, à des activités de promotion ponctuelles.